Une voix puissante face aux inégalités, au mépris et à l’éco-anxiété
À seulement 28 ans, Salomé Saqué est devenue l’une des figures médiatiques les plus influentes de sa génération. Journaliste pour Blast et autrice du livre « Sois jeune et tais-toi », elle incarne cette jeunesse française à la fois mobilisée, désabusée, et bien décidée à reprendre la parole. À travers une carrière forgée dans l’adversité, entre précarité professionnelle, mépris générationnel et engagement environnemental, elle trace un parcours qui résonne avec celui de toute une génération.
Loin des clichés sur les « jeunes fainéants », son récit dévoile la réalité d’un système cassé : méritocratie défaillante, accès inégal à l’éducation, souffrance au travail, enjeux climatiques minimisés. En analysant les racines de ces fractures, Salomé Saqué livre un plaidoyer lucide et percutant pour une société plus juste et durable. Une interview puissante, qui ne se contente pas de dénoncer, mais éclaire, argumente et donne espoir.
Salomé Saqué : une journaliste engagée dès les premières lignes
Le parcours d’une jeune femme issue d’un milieu modeste
Salomé Saqué grandit dans un petit village ardéchois, loin des grandes écoles de journalisme. Aucune filiation avec le monde médiatique, pas de piston. C’est par passion, persévérance et travail acharné qu’elle s’ouvre les portes du métier.
Malgré un master de droit, elle choisit le journalisme, une vocation qui ne lui promet ni stabilité ni rémunération décente. Elle accepte les piges mal payées, les horaires décalés, les sacrifices personnels. Travailler jour et nuit devient la norme, jusqu’à mettre sa santé en péril.
« J’ai arrêté le sport, j’oubliais de manger, je dormais peu… Et personne ne m’a jamais dit d’arrêter. Au contraire, on valorisait ça. »
Une prise de parole politique dès ses débuts
Très tôt, Salomé comprend que sa voix dérange : jeune, femme, engagée, elle subit le mépris de certains plateaux. Elle se bat contre la condescendance, contre les récits dominants, et pour une représentation honnête de la jeunesse dans les médias. Son fil Twitter comparant la situation des jeunes d’hier et d’aujourd’hui marque un tournant.
C’est à partir de ce constat qu’elle entame l’écriture de « Sois jeune et tais-toi », enquête sociologique sur la condition des jeunes en France.
Une jeunesse désillusionnée mais combative
Les failles béantes du modèle méritocratique
Salomé démonte avec précision un mythe tenace : la méritocratie française. Son analyse, étayée de chiffres, est sans appel : aujourd’hui, il vaut mieux hériter que mériter.
« Dans les années 70, 35 % du patrimoine était hérité. Aujourd’hui, c’est 70 %. »
Elle pointe l’hypocrisie d’un système éducatif qui reproduit les inégalités sociales, où les enfants de cadres sont surreprésentés dans les grandes écoles, tandis que ceux issus de milieux populaires sont freinés dès le lycée.
L’illusion du discours « quand on veut, on peut »
Sa propre trajectoire, bien que marquée par une réussite apparente, ne saurait valider le récit d’une réussite à portée de tous. Elle insiste : son parcours est l’exception, pas la norme.
« Beaucoup donnent tout et n’y arrivent pas. Parce qu’il n’y a pas que le travail : il y a la chance, la santé, le réseau. »
Salomé appelle à repenser notre conception de la réussite, qui ne peut se résumer à l’ascension professionnelle. Elle invite à valoriser la santé, les loisirs, les liens sociaux, aujourd’hui sacrifiés sur l’autel de la productivité.
Une génération face à l’éco-anxiété : entre impuissance et engagement
L’urgence climatique comme toile de fond
Salomé Saqué alerte aussi sur une autre fracture générationnelle : celle de l’écologie. Elle décrit une jeunesse informée, lucide, souvent désespérée. Beaucoup savent, peu agissent. Pas par déni, mais par saturation mentale, ou sentiment d’impuissance.
« On sait que la planète se meurt, mais tant qu’on a le privilège de fermer les yeux, on le fait. »
Elle plaide pour un discours nuancé, qui lie justice sociale et transition écologique, sans culpabiliser les plus précaires.
Un combat collectif plus qu’individuel
Pour Salomé, les gestes individuels ne suffisent pas. Il faut des politiques courageuses, une transformation structurelle. Elle appelle à écouter les scientifiques, les ingénieurs, les hydrologues… Ceux qui proposent déjà des solutions concrètes pour adapter les territoires, rénover les bâtiments, réduire la dépendance énergétique.
Mais elle dénonce aussi la manipulation politique, où l’on justifie l’inaction climatique au nom de l’austérité, tout en continuant de soutenir les industries polluantes.
« L’économie, c’est faire des choix. Or, aujourd’hui, on sacrifie l’éducation, l’hôpital, la culture… et on subventionne les pollueurs. »
La politique à l’épreuve de la jeunesse : entre espoir et désillusion
Un besoin vital de démocratie réelle
Interrogée sur son optimisme politique, Salomé répond avec franchise : lucide mais pas résignée. Elle déplore une classe politique déconnectée, une absence de débats fondés sur des faits scientifiques, et des décisions imposées au nom du « réalisme économique » sans offrir d’alternatives.
Elle critique notamment l’attitude du gouvernement sur les retraites, la culture ou l’environnement, où le discours dominant reste : « il n’y a pas d’autre choix ».
« Si on recule l’âge de la retraite, c’est un choix. Il y en avait d’autres. Taxer les plus riches, par exemple. »
Une jeunesse en quête de sens et de modèles
Salomé évoque aussi la responsabilité des figures publiques. À ses yeux, l’acte de la réalisatrice Justine Triet, qui a profité de sa Palme d’Or pour critiquer la destruction de l’exception culturelle française, était courageux.
Elle rappelle que la réussite individuelle ne devrait jamais servir à fermer la porte derrière soi, mais à l’ouvrir à d’autres. Une posture qu’elle applique elle-même, en donnant la parole à ceux qu’on n’écoute pas.